La source du Robigeux à Willems

"La Willemoise" l'eau qui rajeunit !

Bien des Willemoises et Willemois, jeunes ou récemment arrivés, n’ont pas connu cette époque où de notre sol jaillissait une source. Exploitée, prétentieuse, elle s’affichait comme ayant la propriété de faire rajeunir ceux qui en buvaient.

Pourtant le hameau du Robijeux fut durant près d’un siècle, ce lieu particulier où une source willemoise était mise en bouteilles et commercialisée.

Chalet du Robigeux Situé dans la zone verte du village, ce quartier excentré, verdoyant et calme n’a pas beaucoup changé depuis 1900.

Petites maisons entourées de jardins et dominées par le « chalet du Robijeux » où habitent encore Mademoiselle TENEUL, ainsi que Monsieur et Madame BOUVAINE–TENEUL, les derniers exploitants.

C’est en 1900, qu’un certain Monsieur DUBOCQUET, Henry de son prénom, passant par le hameau du Robigeux, fut séduit par le site verdoyant et surtout la fraîcheur et la limpidité de l’eau qui jaillissait du sol en cet endroit.

Il eut l’idée de la capter et de créer une petite entreprise pour embouteiller et commercialiser cette eau de source, le débit à l’époque assez conséquent, étant évalué à vingt six millions de litres par an.

L’affaire fut rondement menée, car d’autres projets concurrents émergeaient ici et là, mais dès 1901 muni des autorisations, il pouvait démarrer son exploitation.

Très dynamique, il fit installer de suite une salle d’ozonisation sous courant de vingt mille volts, équipement à l’époque unique dans la région, et qui assurait une parfaite stérilisation de l’eau. Cette installation lui valut d’ailleurs de nombreuses récompenses professionnelles en médailles d’or, d’argent et vermeil.

Entre 1914 et 1918, Monsieur DUBOCQUET fut mobilisé, mais durant son absence, l’entreprise ne s’arrêtât pas pour autant ; les Allemands toujours opportunistes et prêts à tout exploiter, la commercialisent sous l’appellation « MINERALQUELLE WILLEMS ».

Comme souvent dans les petites entreprises familiales, la succession se fait par filiation : c’est Monsieur et Madame TENEUL–DUBOCQUET qui prennent la relève et assez rapidement diversifient les produits par les sodas et limonades à l’eau de source « LA WILLEMOISE ».

La troisième génération prend le relais dans la fin des années 60.

Chalet de la source du Robigeux C’est le boom économique des trois glorieuses, le réseau de distribution s’agrandit très fort : hôpitaux, grands magasins, restaurations collectives et livraisons à domicile comme le brasseur, avec pour répondre à la demande des clients une gamme de produits encore plus élargie : WILL-COLA, WILL-TONIC, WILL-PAMPLEMOUSSE.

Deux facteurs importants d’évolution de notre société vont venir perturber inexorablement cette production… cette eau qui « coulait de source » :

les conditions d’hygiène sanitaire de plus en plus draconiennes dans une nature qui déjà subissait les premiers effets de nos pollutions domestiques et agricoles,

l’apparition de la bouteille plastique, plus légère et que l’on pouvait abandonner à la poubelle en toute inconscience des suites qui lui seraient réservées.

De plus, l’obligation est faite de posséder la machine (très onéreuse) sur le site pour fabriquer sur le lieu d’embouteillage. C’est la mort des petites sources locales, pourtant si intéressantes pour les consommateurs de proximité.

Aujourd’hui au sud-ouest du site, « les BOUVAINE père et fils» ont créé et exploitent un garage.

L’eau coule toujours, mais a repris son itinéraire classique par le fossé de la rue d’Hem où pousse d’ailleurs un exubérant cresson.

Interrogez-la, elle vous répondra sans doute ne pas être très ravie d’avoir retrouvé sa totale liberté ! Que, canalisée en bouteilles, elle rencontrait beaucoup de gens, des petits et des grands, qu’elle désaltérait en chantant dans les gosiers !

Soyons persuadés, que poussée dans ses retranchements, elle vous dirait qu’elle attend des jours meilleurs, une nature épurée qui évite de la souiller et des conditions réglementaires et économiques qui donnent aux productions locales la capacité de vivre et de satisfaire les besoins de proximité dans une logique de développement durable.

Texte : Paul Deffontaine, novembre 2005

photos : collection Yves Vanbeneden

Date de dernière mise à jour : vendredi, 04 janvier 2013