La sentinelle

Jean Bouche A l’occasion du 11 novembre 2008, la section recherche historique de l’OWASE nous avait concocté une passionnante exposition sur les Willemois pendant la grande guerre. C’est ainsi que nous avons découvert un poème de Gustave Bouche (père du « Petit Jean » devenu Maire de Willems, élu pendant 44 ans) écrit dans les tranchées début mars 1915. Blessé le 19 mai, il décédera des suites de ses blessures le 27 mai 1915.

 

Debout derrière la tranchée
Serrant contre lui son manteau
La main sur l’arme prêt à tirer
La sentinelle garde son créneau

Son oeil inquiet sonde la nuit
Car l’ennemi n’est pas loin de là
L’oreille dressait au moindre bruit
Il écoute s’ils ne viennent pas

Depuis un moment cependant
Son oeil n’a plus le même regard
Et son front devient pensant
Son esprit s’en va autre part

Voilà six mois que cela dure
Dans la boue presque tout le temps
Il n’a presque plus de figure
Et il tousse assez souvent

Cependant il vient de sourire
Il laisse glisser son manteau
Son arme n’est plus prête au tir
Il a oublié son créneau

Ne le croyez pas endormi
Il est toujours bien vigilant
Mais en repassant sa vie
Il vient d’entrevoir son enfant

Il se rappelle le jour de sa naissance
Avec sa femme adorée
Ils avaient forgé bien des espérances
Pourront-ils les réaliser ?

Il le revoit avec la mère
Le jour maudit où il fallut
Pour cette affreuse guerre
Quitté ceux qu’il aime le plus

Comme il sera grandi
Ce sera presque un homme
Il a trois ans
et c’est Jean qu’il se nomme

Que de choses à lui dire
Combien d’autres à lui apprendre
Aussitôt qu’il saura lire
Il lui fera tout comprendre

Que tous les prolétaires
S’ils se connaissaient mieux
Ne verraient plus de guerre
Et seraient plus heureux

Car il n’y a qu’eux seuls
Et non les couronnés
Pour empêcher ces horreurs
Entre les exploités

Mais un beau jour viendra
Où dans tout l’univers
Le monde se réveillera
Pour mettre fin à ces misères

Et à travers l’espace
Criant à toutes les frontières
Que les hommes s’embrassent
Vive l’internationale ouvrière

Mais il entend des pas
Et là s’arrête son rêve
Car le sergent est là
C’est l’heure de la relève.

Date de dernière mise à jour : mardi, 25 Septembre 2012