Balades en terre Willemoise

Extrait d’un témoignage lors de la soirée "Démosthènes" à Willems en 2001

C’est Saint Eleuthère, qui réside en Belgique à Tournai et dispose d’un oratoire à Blandin, qui évoque le premier les habitants de Willem :
- nous citons - “ des pauvres gens qui errent dans les brumes et les marécages hostiles ”.

Pauvres gens ! Pauvres gens ! Certes, les Willemois ne sont pas riches, riches d’écus entendons-nous, et, c’est sans doute cette situation qui donne au petit peuple des marais sa culture de braconnier, de Jacquou le Croquant / entre les bois des 17 ou des 6 Bonniers – du Meunier. Des fossés gorgés d’eau des osiers, orties et grandes herbes folles, les gens des marais s’en donnaient à cœur joie pour piéger le gibier et pêcher le poisson, ce qu’en atteste l’enseigne du café “ A l’anguille ”.

 

mare1.jpg Quasiment à 100 mètres de la lisière des bois, une célèbre mare est aujourd’hui disparue : “ La fontaine à lisière ”. Pourquoi célèbre ? Pour deux raisons :

- la première c’est qu’une légende du début du siècle prétendait qu’elle n’avait pas de fond et qu’une diligence y était tombée sans qu’on ne la retrouve.

- La seconde est plus réelle : en 1916, le garde champêtre de Willems, Jules BEGHIN, qui faisait un peu de résistance aux Allemands occupants Willems, en veut par une indiscrétion opportune que ces derniers allaient l’arrêter. Il se rendit à la Fontaine à lisière et y laissa au bord de l’eau sa grande cape, simulant une noyade. Les Allemands sondèrent sans résultat (et pour cause, elle n’avait pas de fond ! ). Quant à Jules, il passa les deux dernières années de la guerre dans une alcôve de maison, rue de la République chez Emerance DUHAUT !

En remontant vers le centre par les droettes, on peut encore imaginer une grande ferme au milieu de la plaine DUBUS. Les fermiers devaient être des personnages importants puisque, le fait que Madame ait fait ces Pâques l’an 1730, est inscrit dans les registres (ou alors c’est le caractère exceptionnel de l’événement qui a motivé l’inscription).

Paul Deffontaine, septembre 2002

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boisselier.jpgNous aurions pu remonter la rue de la République où le chemin, dans son ex méandre du Ramon, abrite quelques basses maisons.
Là, Paul le boisselier faisait encore en 1950 de magnifiques paniers pour ramasser les pommes de terre. Bien sûr c’est déjà vieux, mais à l’emplacement de la salle des fêtes Maurice Rouseré, le père de Jean-Marie, faisait les plus belles meules de blé du canton.
C’est un art aujourd’hui oublié, mais dont les résultats ponctuaient les campagnes durant plusieurs mois le temps du battage, autre cérémonie agraire avec ses rites et ses nuées de gosses émerveillés qui tournaient autour ou jouaient dans le tas de courtes pailles

L’église de Willems est haute et fière, même si durant quelques années, elle fut un peu triste sans ses cloches, Raymond THIERRY le forgeron ayant été réquisitionné en 1917 pour les descendre et les livrer aux Allemands pour en couler des canons.

L’habituel cimetière était autour de l’église et c’est en deux vagues qu’il subit des assauts. La première fois lorsque l’abbé PLUCHART en 1852 se mit en tête de faire une nouvelle église plus grande, il fit trancher dans le cimetière, il réussit moins à trancher dans les bourses des paroissiens ce dont il se plaignit dans le livre paroissial qui sert de main courante à l’église locale. Le déménagement définitif eu lieu en 1910 et pendant longtemps on raconta que les gens de Willems superstitieux déplacèrent, la nuit, les restes de leur défunt car cela porte malheur.Cliquez pour voir la rue pauvrée

Mais quittons ces histoires macabres pour remonter encore vers Mouscron, quartier célèbre en son temps, quartier populaire, solidaire aimant la vie joyeuse des cafés et des jeux. Mouscron aussi passage le plus court pour aller en Belgique acheter ou frauder café et surtout tabac. Si ce quartier a eu très fortement ces caractéristiques c’est que les toutes petites maisons y abritaient la population laborieuse de la filature de lin (chez Caddy) et au siècle précédent de la briqueterie de la rue Pauvrée.

Moulin de Rocmetz Par les nombreuses pissintes de fraudeurs, on pouvait passer au sommet de Willems (certains l’ont dénommé le col de Rocmetz), quelle vue ! Qui par beau temps porte actuellement jusqu’aux tours de Mons et de Lille.

C’est qu’ils n’étaient pas fous les anciens puisqu’ils y avaient implanté le moulin, il était en bois et par grand vent il avait paraît-il des craquements imposants, il a malheureusement était vendu à un Belge et démonté avant que nous en ayons la trace photographique (c’était l’emplacement où Mr et Mme GLORIEUX ont bâti dernièrement).

Si je redescends et pour rester dans l’anecdote nostalgique, un autre rendez-vous des amoureux a disparu : la pissinte St Cornil, c’était l’amorce d’un itinéraire champêtre, c’était surtout une clé des champs pour balade romantique.Jeux à la source du Robigeux

Combien de jeunes ont découvert en courte culotte cet itinéraire qui conduisait aux mares des prairies de la Neuville, vaste terrain d’aventure où têtards, grenouilles et autres habitants des lieux subissaient les assauts débridés des enfants.

En virant vers Robigeux, les mêmes jeux d’eau étaient fréquents mais 1901 c’est l’année de la loi sur les associations, c’est aussi l’année de démarrage de la source du Robigeux "c’est normal, ça coule toujours de source... mais au fossé" puisque depuis 1983, capricieuse, elle a refusé de se faire mettre en bouteille. C´est dommage pour nous de ne plus boire "l´eau qui rajeunit".

Paul Deffontaine, septembre 2002

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huilerie.jpg Nous en étions restés nostalgiques à regarder l’eau limpide du Robigeux qui n’alimente plus que le cresson du fossé. En revenant vers la Place par la rue d’Hem, nous avions le choix : rentrer dans le village ou descendre la rue du Bon Conseil. Cette entrée de la rue d’Hem était au début du siècle grouillante d’activités. Les établissements Carlier, puis Ducatillon, y développaient le négoce d’huile de table, puis diversifièrent avec notamment les huiles moteur et graisses. Du tonnelier et des dizaines d’attelages de chevaux au camion citerne de l’après-guerre, ce tronçon de route a durant près d’un siècle connu une activité grouillante et besogneuse. L’importance des bâtiments encore debout et utilisés témoignent de ce passé !

Mais nous pouvions aussi descendre la rue du Bon Conseil, anciennement la rue du Conseil. En effet, au 19e siècle, les « willem » était deux et prenaient le singulier ;

- l’un, vestige de l’empire de Charles Quint, essentiellement constitué du centre actuel ;

- l’autre, des quartiers périphériques, appartenait à la Chatellenie de Lille. Deux villages donc, mais une seule paroisse qu’administrait un conseil de fabrique, ce conseil se tenait au château du Fresnoy d’où le nom de la rue « du Conseil » qui permettait aux gens de Willem empire de s’y rendre.

Ainsi, au débouché de la rue du Bon Conseil vers la rue de France, on peut facilement imaginer le château du Fresnoy dans le fond à droite sur le champ en promontoire adossé au bois et à gauche du château, dans le chemin du petit marais, la ferme du château. Seuls les deux fossés qui longent le chemin ont encore quelques vestiges de fondation, plus particulièrement ceux de la grange, dernier bâtiment à résister à l’usure du temps, mais pas à la fureur des soldats Uhlans qui en 1916 la brûlèrent.

Ces lisières de village sont toujours des lieux d’aventures et de jeux, ainsi les soldats allemands installèrent en 14-18 une petite voie ferrée Decauville entre Baisieux et Forest avec de tout petits wagons. A leur débâcle, cet équipement intact devint un jeu, puis le réemploi des rails en piquet de clôture de prairie vint mettre fin au joli jouet des enfants.

Non loin de là, un peu plus haut dans « le but », un autre souvenir de la guerre suivante fut pour quelques années un lieu de visite et de jeu. En effet, combien de groupes d’enfants, de jeux, de rêves héroïques ont-ils été accueillis par cet avion atterri en catastrophe en 1944 avant d’être livré au ferrailleur ?

Ces deux guerres ont laissé dans la mémoire de nos anciens des anecdotes plus ou moins tristes pour les deux camps. Ainsi, au cours d’une revue de tous les chevaux sur la place de l’église durant la guerre 39-45, le cheval de M. Fernand DELAVAL tua un caporal allemand ; se cabrant, il lui fracassa la tête d’un seul coup de sabot.

Mais rejoignons la rue des Poilus où il y a très longtemps une petite briqueterie occupait bien des ouvriers dans un travail pénible et très peu mécanisé.

Aujourd’hui, il ne reste plus de trace : les dernières dépendances servirent jusqu’en 1950 d’abri de jardin. Seul le relief de la prairie atteste des ponctions d’argile prélevées dans notre sol, et les derniers prédateurs de cet argile furent quelques enfants de l’après-guerre qui vinrent y extraire de quoi fabriquer des billes en terre cuite (en patois les maps).

C’était le temps où le besoin de jouer impliquait de l’initiative et du savoir faire avant de savoir jouer !

Nostalgie quand tu nous tiens !

 

Paul Deffontaine, septembre 2002

Date de dernière mise à jour : mardi, 25 Septembre 2012